Allergies : la désensibilisation n'est pas la solution miracle
Publié par hammar le Mai 29 2009 11:09:19
Cette technique constitue un traitement efficace, mais elle doit être appliquée au cas par cas et ne réagit pas à tous les allergènes...

Nouvelles étendues

Cette technique constitue un traitement efficace, mais elle doit être appliquée au cas par cas et ne réagit pas à tous les allergènes.

Nez qui coule, éternuements à répétition, picotement des yeux, autant de symptômes allergiques qui explosent en cette saison où fleurissent les arbres et les graminées. Il faut dire que les pollens sont responsables pour moitié des rhinites allergiques. Selon l'association Asthme & Allergies, 15 à 25 % de la population européenne en souffrirait. La rhinite allergique saisonnière (intermittente) récidive chaque année à peu près à la même période, mais certaines personnes peuvent également être atteintes de rhinite persistante.

Si des médicaments existent (antihistaminiques, corticoïdes, vasoconstricteurs), la désensibilisation est à ce jour l'unique moyen de traiter l'origine de la maladie. L'objectif consiste à réduire la sensibilité de l'organisme à l'allergène. Seul un allergologue est à même de déterminer le type d'allergie et de prescrire cette immunothérapie, véritable traitement «sur mesure».

La consultation est néces­saire si les symptômes de la rhinite allergique sont récurrents et réguliers. Le médecin détermine la sensibilité à tel ou tel allergène en testant différentes molécules sur de petites zones de la peau. Celles qui entraînent une réaction cutanée sont identifiées comme responsables des troubles. Le médecin établit ensuite l'intérêt ou non d'une désensibilisation qui dure entre trois et cinq ans.

Rééduquer le système immunitaire

La cure consiste à administrer une dose croissante d'allergènes afin de rééduquer le système immunitaire par voie sous-cutanée ou sublinguale. La voie sous-cutanée, par injections, implique de se rendre en moyenne tous les mois chez son allergologue, et ce, durant toute l'année. Après l'injection, le patient doit attendre sur place, au moins une demi-heure, le temps de vérifier qu'il ne fait pas une réaction au traitement. Le médecin dispose d'ailleurs toujours d'une seringue d'adréna­line à proximité en cas de crise.

Plus simple et moins contraignante, la voie sublinguale - qui n'est actuellement pas possible pour tous les types d'allergènes - est aujourd'hui utilisée pour 80 % des allergies aux pollens. Le traitement s'administre chez soi, en déposant des gouttes de solution d'allergène sous la langue. L'avantage de ce procédé, c'est qu'«il n'y a aucun effet secon­daire sévère comme ce peut être le cas avec les injections», explique Daniel Vervloet, allergologue et président de la Fédération française d'allergologie.

Le coût du traitement injectable est d'environ 25 € par mois tandis que celui en gouttes revient à 60 € mensuels. Dans les deux cas, la Sécurité sociale ne rembourse qu'à hauteur de 65 %. Des comprimés à placer sous la langue devraient aussi bientôt voir le jour.

Si, trois années après l'arrêt du traitement, on relève généralement une nette diminution de la sensibilité allergique, la désensibilisation ne fait néanmoins pas l'unanimité chez les médecins. «Si ça marchait à tous les coups, ça se saurait !», ­résume le Dr Gérald Fain, ORL et assistant à la Fondation Rothschild à Paris. Il rappelle également qu'il est impossible pour les allergologues de tester tous les allergènes.

«Corrélation de facteurs»

Effectivement, il est possible de désensibiliser simultanément à un voire deux allergènes, mais pas plus, par conséquent, «25 % des patients ne se font pas désensibiliser parce que polysen­sibles», commente Daniel ­Vervloet, qui estime par ailleurs que si l'on éprouve une gêne allergique seulement deux semaines par an, il n'est pas nécessaire de se lancer dans une désensibilisation.

Mais le traitement de la rhi­nite allergique ne se limite pas aux seuls médicaments. Le Dr Marc Sapene, pneumo-allergologue à Bordeaux, est convaincu que «la maîtrise de son environnement peut permettre d'éviter une désensibilisation. L'allergie est une corrélation de facteurs qui associe une part héréditaire et environnemen­tale». C'est également l'avis du Dr Gérald Fain, qui rappelle que «l'allergie est une hyperréactivité à l'environnement». Pour lui, la part liée à l'émotion est non négligeable. Les pollens, poils de chat et poussières ne peuvent être isolés de l'état émotionnel du sujet : sinon comment expliquer qu'à certains moments nous soyons allergiques et pas à d'autres ?

En France, nombreux sont les patients souffrant de rhinite allergique qui ne consultent pas : on estime qu'un cas sur deux n'est pas diagnostiqué. Or les patients atteints devraient systématiquement être examinés, car environ 20 % des personnes souffrant de rhinites allergiques sont aussi atteintes d'asthme. Des études sont en cours pour établir l'utilité de désensibiliser le maximum de jeunes enfants, pour les protéger de futurs troubles respiratoires.

lefigaro