Berceuses pour nouveau-nés et evidence-based medecine
Publié par Administrateur le Juin 13 2009 15:56:25
Quand la littérature consacrée à la musicothérapie en néonatologie est passée à la moulinette de la « médecine basée sur les faits », qu'en ressort-il ? Une revue systématique...

Nouvelles étendues

Quand la littérature consacrée à la musicothérapie en néonatologie est passée à la moulinette de la « médecine basée sur les faits », qu'en ressort-il ? Une revue systématique comme celle qui est publiée par L. Hartling et coll. !

Parmi plus de mille articles identifiés par les auteurs, seulement neuf rapportaient des essais contrôlés et randomisés (y compris croisés) évaluant les effets d'un morceau de musique chez des enfants de moins de un mois, et leur hétérogénéité n'autorisait pas une méta-analyse.

Dans ces essais, le morceau de musique était joué pendant un geste douloureux (n=6), une tentative de tétée (n=1) ou une simple période d'observation (n=2). C'était en général une berceuse enregistrée.

Dans l'ensemble, il se vérifie que la musique modifie les états comportementaux des bébés qui y sont exposés. (En d'autres termes, les berceuses facilitent bien l'endormissement des petits nourrissons).

En tant que traitement proprement dit, la musique paraît atténuer la douleur provoquée par une circoncision chez le nouveau-né à terme, ou par une piqûre au talon chez le prématuré.

Une étude pilote sur la circoncision de 23 enfants montrait ainsi que le groupe traité par la musique souffrait et désaturait moins que le groupe non traité, et que sa fréquence cardiaque ne s'accélérait pas. Ces résultats n'étaient pas retrouvés dans deux études de qualité inférieure. Surtout, le soulagement de la douleur par la musique seule semble insuffisant.

Trois études montraient, de façon concordante au dessus d'un terme de 31 semaines, que la douleur provoquée par des piqûres au talon -pour prélèvement sanguin- était diminuée par la musique. Elles suggèrent que, dans les services de néonatologie, une berceuse constitue une alternative aux petits moyens antalgiques employés lors des piqûres au talon.

La musique pourrait aussi améliorer la succion des prématurés.

Une expérimentation a porté sur 32 prématurés qui avaient toujours des difficultés à téter à un terme corrigé moyen de 36 semaines. Chez ceux qui étaient pourvus d'une tétine déclenchant une berceuse, le débit de lait augmentait de 0,76 ml/min alors qu'il diminuait de 0,5 ml/dans le même laps de temps chez les autres (p <0,05).

En dehors d'un geste douloureux ou d'une tétée, la musique a peu ou pas d'influence sur les constantes physiologiques des prématurés hospitalisés dans des unités de soins intensifs.

Ni les fréquences cardiaque et respiratoire ni la SaO2 d'enfants atteints de dysplasie broncho-pulmonaire n'étaient affectées par des plages musicales de vingt minutes par jour. Toutefois, la fréquence cardiaque de grands prématurés était ralentie une demi-heure après une séance de musique en direct !

Au total, la musique, en discontinu, semble avoir des effets favorables sur les nouveau-nés dans des indications spécifiques : gestes douloureux, et peut-être tétées difficiles. Ces effets demandent cependant à être confirmés dans des essais de plus grande taille et de meilleure qualité.
Les effets de la musique en continu sont un autre problème.

Hartling L et coll. : Music for medical indications in the neonatal period : a systematic review of randomized controlled trials. Arch Dis Childhood Fetal Neonatal 2009. Publication avancée en ligne le 28 mai