Un cas fatal d'infection à entérovirus 71
Publié par La Pharmacienne le Décembre 03 2009 15:51:09
Les membres de la grande famille des picornaviridae sont généralement considérés comme des agents d'infections souvent bénignes, même si le neurotropisme des entérovirus...

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Les membres de la grande famille des picornaviridae sont généralement considérés comme des agents d'infections souvent bénignes, même si le neurotropisme des entérovirus peut inquiéter. L'entérovirus 71 (EV71) a été responsable d'épidémies sévères, notamment en Asie dans la dernière décennie. Son étude moléculaire a dès lors été approfondie, permettant de décrire 3 génogroupes A, B et C, et plusieurs génotypes de B1 à B5 et de C1 à C5.


Une équipe brestoise rapporte un cas fatal qui dément la réputation bénigne de ces infections.

Un enfant de 17 mois ayant consulté en avril 2007 pour hyperthermie, vomissements et gêne respiratoire est réadmis 12h plus tard en état de détresse ventilatoire. Le bilan biologique ne montre pas d'anomalies en dehors d'une hyperleucocytose franche à 23 000/mm3 et d'une CRP élevée (11 mg/L), mais la radiographie pulmonaire décèle rapidement une infiltration marquée, et malgré une intubation avec réanimation cardio-respiratoire, l'enfant décède dans les 12h suivant sa seconde admission.


L'autopsie a révélé un œdème pulmonaire avec de multiples foyers d'infiltrat inflammatoire, et des lésions encéphalitiques nécrotiques. L’implication de l'entérovirus isolé en culture virale d'une aspiration bronchique et d'un écouvillonnage nasal, a été confirmée par biologie moléculaire sur d'autres prélèvements autopsiques (urine, poumon, rate). Le CNR a identifié la souche comme étant un EV71 du groupe C2, très proche de 2 souches brestoises isolées quelques mois plus tard, issues de deux jeunes enfants de 13 et 31 mois, ayant respectivement présenté un syndrome respiratoire aigu résolutif, et une gingivo-stomatite fébrile associée à un syndrome cérébelleux. L'identité moléculaire très élevée (> 98 %) des 3 souches et leur communauté de période et de lieu de circulation suggèrent une ancêtre commun inconnu. Trois souches européennes isolées en 2006 et 2008 en Grande Bretagne étaient également très proches, ainsi que 2 souches asiatiques de Thaïlande et Singapour.


Les auteurs soulignent la nécessité de déterminer plus précisément la prévalence des infections à EV71, notamment par des prélèvements périphériques (gorge, selles, urines, vésicules), car la possible négativité du LCR peut conduire à sous estimer cette prévalence. Néanmoins, celle-ci semble augmenter en France depuis 2006 selon les données du CNR : l’extension d’EV71 hors des régions asiatique et pacifique justifie une vigilance accrue à dépister une possible épidémie.


JIM