Un médicament pour stimuler la libido féminine
Publié par hammar le Décembre 10 2009 09:30:48
Il a été testé avec de bons résultats chez des milliers de femmes souffrant de troubles du désir...

Nouvelles étendues

Il a été testé avec de bons résultats chez des milliers de femmes souffrant de troubles du désir.

Les hommes ont le Viagra depuis 1998 pour remédier à leurs pannes sexuelles. Les femmes auront bientôt la flibanserine pour stimuler leur libido. Testée chez plusieurs milliers de femmes souffrant de troubles du désir, cette molécule a amélioré de façon significative leur vie sexuelle, selon des études présentées récemment au 12e congrès de la Société européenne de médecine sexuelle à Lyon. Après l'avènement de la petite pilule bleue et de ses concurrents, qui ont transformé la prise en charge des troubles sexuels masculins et conquis un marché qui se chiffre en milliards de dollars, les laboratoires pharmaceutiques se sont mis en quête de leur équivalent féminin. Mais le défi s'est révélé plus ardu que prévu, notamment parce que la sexualité est bien plus complexe (et plus cérébrale) chez la femme que chez l'homme. Un patch de testostérone dénommé Intrinsa a été commercialisé en 2007, pour les baisses de désir après ménopause chirurgicale.

En dehors de ce cadre étroit, la notion de dysfonctions sexuelles féminines ne fait pas l'unanimité. Pour les plus sceptiques, c'est une construction des firmes pharmaceutiques pour vendre de nouveaux médicaments - phénomène connu sous le nom de disease mongering. Ce sont des pathologies réelles, fréquentes mais méconnues, affirment au contraire des spécialistes de la sexualité. «Plus de la moitié des femmes ont de grandes difficultés à ce que le désir ou le plaisir soient facilement accessibles», estime ainsi le Dr Philippe Brenot, psychiatre et directeur d'un enseignement de sexologie à l'université Paris-Descartes. Selon ce thérapeute, investigateur d'un des essais avec la flibanserine, «on ne sait pas grand-chose de la sexualité féminine parce qu'il y a eu peu de recherches académiques dans ce domaine non mortel et tabou».

Comme dans le cas du Viagra, les bienfaits de la flibanserine sur la libido ont été découverts de façon fortuite. Ce produit qui agit sur le système nerveux central au niveau des récepteurs de la sérotonine avait d'abord été pressenti comme antidépresseur dans les années 1990 par le laboratoire Boehringer Ingelheim. Mais ses effets sur le désir féminin se sont révélés plus probants que ceux sur l'humeur, et la firme a repositionné son développement. Les résultats dévoilés à Lyon sont issus d'études de phase III (stade précédant la mise sur le marché) menées aux États-Unis et en Europe chez des femmes non ménopausées atteintes de «désir sexuel hypoactif» (DSH). Peu connu du grand public et même des médecins, ce terme jargonneux est celui utilisé dans les manuels de psychiatrie pour définir des troubles sexuels caractérisés par un manque de désir avec une souffrance ou des difficultés interpersonnelles, en l'absence d'autre pathologie médicale.

Pendant 24 semaines, les volontaires ont reçu un traitement par 100 mg de flibanserine le soir au coucher ou un placebo. Pour évaluer ses effets dans un domaine aussi complexe que la sexualité féminine, les investigateurs ont eu recours à un carnet de suivi électronique. Les principales intéressées ont ainsi mesuré quotidiennement leur désir, les «événements sexuels satisfaisants» (pas nécessairement synonymes d'orgasmes) et le degré de souffrance associée aux troubles sexuels. Après plusieurs semaines, ces paramètres étaient statistiquement améliorés chez les femmes traitées par la flibanserine. «Les effets sont incontestables, confirme le Pr François Giuliano, urologue et spécialiste des troubles de la sexualité (hôpital Raymond-Poincaré, Garches). Mais attention, ce n'est pas le même concept que pour des troubles de l'érection avec une prise à la demande. Ici, il s'agira d'un traitement quotidien, au long cours.» Certains annoncent une commercialisation vers 2011. Une échéance que ne confirme pas le laboratoire Boehringer Ingelheim, qui se veut très prudent dans l'attente de résultats complémentaires. Une poignée d'autres molécules avec des modes d'action différents sont à l'étude, dans des phases cliniques très préliminaires ou chez l'animal.


lefigaro