Trop peu de médicaments adaptés aux enfants
Publié par hammar le Février 12 2010 15:24:47
Faute de préparations spécifiques, les hôpitaux et les médecins font de fréquentes erreurs de prescriptions et de dosages...

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Faute de préparations spécifiques, les hôpitaux et les médecins font de fréquentes erreurs de prescriptions et de dosages.

Dose erronée, préparation incorrecte, injection intraveineuse au lieu d'une prise par voie orale… Faute de médicaments spécifiquement adaptés aux enfants, il y a de nombreux couacs dans les traitements en pédiatrie, selon une vaste enquête menée dans cinq hôpitaux de la région de Londres. Les médecins font 13,2 % d'erreurs dans leurs prescriptions et 19,1 % des médicaments sont administrés de façon incorrecte par le personnel soignant, conclut le Dr Ian Wong (University College of London) dans son article publié dans la revue Archives of Diseases in Childhood. Une situation édifiante mais qui n'a rien de spécifique à l'Angleterre, selon les praticiens interrogés par Le Figaro.

En attendant les effets du règlement européen pour les médicaments pédiatriques adopté fin 2006, les pédiatres hospitaliers doivent encore souvent «bricoler» des produits destinés aux adultes pour soigner leurs petits malades. Car beaucoup de produits n'ont pas de présentations et de dosages adaptés aux enfants et aux nourrissons. Ian Wong et ses collègues ont conduit leur enquête en 2004-2005 dans une dizaine de services de pédiatrie de cinq hôpitaux, universitaires ou non. En deux semaines de suivi par service, 391 erreurs ont été recensées sur un total de 2 955 prescriptions.

Manipulations hasardeuses

Dans 41 % des cas, il s'agissait d'une ordonnance incomplète, où n'était par exemple pas spécifiée la dose ou la voie d'administration du médicament. Plus d'une fois sur dix, la dose prescrite était incorrecte. Les auteurs rapportent ainsi le cas d'un nourrisson de six mois à qui le médecin avait ordonné une dose de morphine 50 fois supérieure à la normale… De telles erreurs potentiellement fatales sont cependant rares, selon le Dr Wong, qui estime que dans la plupart des cas, le malade ne court pas de gros risque. Parallèlement, sur 2 250 administrations de médicaments, plus de 400 problèmes ont été détectés : préparations incorrectes de produits injectables, vitesse ou horaire d'injection inappropriés, doses fantaisistes… En cas d'erreur potentiellement grave, la pharmacienne inspectrice la notait et intervenait discrètement pour la rattraper.

En France, des études menées par le Pr Françoise Brion (pharmacienne à l'hôpital Robert-Debré, Paris), rendues publiques fin 2004, avaient fait un constat assez proche. Des problèmes d'horaires, des erreurs d'administration ou de dose étaient retrouvés. Et une enquête dans une quinzaine d'hôpitaux avait confirmé que les infirmiers étaient souvent contraints à des manipulations hasardeuses : dilution des ampoules, comprimés coupés et broyés artisanalement…

«Depuis, la situation n'a pas vraiment évolué, il y a même eu quelques suppressions de produits pédiatriques, soupire le Pr Brion. Mais le règlement européen devrait commencer à produire des effets à partir de 2010.» Pédiatre-réanimateur et pharmacologue, le Pr Jean-Marc Treluyer (hôpital Cochin et Necker, Paris) confirme les difficultés au quotidien. «Beaucoup des produits injectables utilisés en réanimation pédiatrique doivent être dilués, ce qui entraîne un risque non négligeable d'erreur ou au moins d'imprécision, explique-t-il. C'est le cas par exemple de l'adrénaline, ce médicament d'urgence n'a pas de spécialité pédiatrique. La dilution nous fait prendre des risques et perdre du temps.»

Pour prévenir les accidents, de plus en plus d'hôpitaux mettent en place des systèmes de surveillance des prescriptions et d'autocontrôle des pratiques. À l'AP-HP, un dispositif informatisé (Osiris) a été créé pour que le personnel signale, éventuellement de façon anonyme, tous les événements indésirables rencontrés. Cet outil institutionnel a pour objectif de développer la culture du risque et les bonnes pratiques, mais «les hôpitaux se le sont plus ou moins approprié», relève le Pr Brion.

lefigaro.fr