Rhumatismes : le grand retour de la goutte
Publié par hammar le Mars 29 2010 10:44:26
De nouveaux traitements arrivent contre cette maladie qui frappe 600 000 personnes en France...

Nouvelles étendues
De nouveaux traitements arrivent contre cette maladie qui frappe 600 000 personnes en France.

Elle s'était presque fait oublier, reléguer au rang des maladies historiques. Mais loin d'avoir disparu, la goutte revient en force. Jadis baptisée maladie des riches, voire des rois parce que survenant chez les «bons vivants », ce rhumatisme inflammatoire est en augmentation dans la plupart des pays du monde. Et après des décennies d'indifférence, la recherche redevient très active. Neuf gènes de susceptibilité viennent d'être identifiés et, pour la première fois depuis plus de quarante ans, un nouveau médicament arrive sur le marché. D'autres molécules sont à l'étude. Le marché est porteur. Dans les pays industrialisés, la goutte est de loin le rhumatisme inflammatoire le plus fréquent : 1% à 2% de la population serait concernées, plus de 600 000 personnes en France. Les hommes, surtout âgés, sont les principales victimes, alors que les femmes sont relativement protégées par leurs œstrogènes.

Surtout, toutes les études épidémiologiques sont concordantes, la fréquence de la goutte grimpe en flèche. En Grande-Bretagne, elle est passée de 0,3% à 1% entre 1970 et 1990. Aux États-Unis, le taux a doublé (de 2,1% à 4,1%) en moins de dix ans chez les hommes de plus de 75 ans. Le record mondial serait détenu par la Nouvelle-Zélande, avec près de 15% de goutteux parmi les Maoris de sexe masculin, deux fois plus qu'à la fin des années 1950. Une «épidémie» liée à un déficit génétique dans cette minorité ethnique, associé à une occidentalisation du régime alimentaire, assure le Pr Thomas Bardin, rhumatologue à Lariboisière (Paris). «La goutte revient avec l'américanisation de l'alimentation», insiste-t-il.

Il a été prouvé qu'une forte consommation de viande, fruits de mer, sodas riches en fructose, bière et autres spiritueux, qui sont des aliments riches en purine (un constituant de l'ADN et de l'ARN), favorise l'élévation de l'acide urique dans le sang. Ce qui, à terme, conduit à des dépôts de cristaux d'urate de sodium dans les articulations. Quand ils se rompent et libèrent leurs cristaux dans la cavité articulaire, c'est la crise de goutte. «Sensation d'un clou qu'on enfonce dans la jointure», «déchirement des chairs par de puissantes tenailles», la douleur, souvent au niveau du gros orteil, avec inflammation et parfois fièvre, serait l'une des pires en médecine. Elle régresse spontanément en quelques jours.

Pour autant, la goutte est loin d'être une maladie bénigne. Le Pr Bardin souligne ses liaisons dangereuses avec l'obésité, l'hypertension artérielle et de façon générale les pathologies cardio-vasculaires. Même après ajustement des autres facteurs de risque, la fréquence des infarctus est multipliée par deux à trois chez les goutteux. Par ailleurs, cette maladie parfaitement curable peut, si elle est négligée, conduire à de sévères complications articulaires et rénales. L'objectif de la prise en charge est de faire passer l'uricémie sous la barre des 60 mg/l, pour dissoudre les dépôts d'urate. Le régime alimentaire permet de gagner 10 mg/l.

Convaincre les goutteux

Commercialisé depuis les années 1960, l'allopurinol est le traitement de référence. Il est efficace, mais peut induire dans de rares cas des réactions allergiques cutanées, parfois très graves. En outre, la dose doit être adaptée en cas d'insuffisance rénale.

Un médicament dont le mode d'action est proche, mais qui n'aurait pas ces inconvénients, vient d'être commercialisé : le febuxostat (Adenuric, lancé par les laboratoires Menarini et Ipsen). «Dans les essais, il s'est montré plus puissant que l'allopurinol pour diminuer l'uricémie, précisait récemment le Pr Gérard Chalès, rhumatologue (CHU de Rennes). Toutefois, il a induit un excès, non significatif, d'événements cardio-vasculaires. Une étude complémentaire est prévue pour faire le point sur cette question.»

Reste à convaincre les goutteux de se traiter. Au bout d'un an, à peine un sur deux prend encore ses comprimés. «Le patient doit être informé que l'observance thérapeutique conditionne en grande partie le succès, et il doit savoir que le traitement de fond doit être prolongé, souvent à vie, pour éviter la réapparition des accès douloureux», insiste le Dr Xavier Puéchal, rhumatologue à l'hôpital du Mans.

lefigaro.fr