La contraception orale se diversifie
Publié par hammar le Mai 04 2010 10:08:59
De nouvelles pilules arrivent sur le marché. Mais le nombre d'avortements ne baisse pas pour autant.
Elle est si bien rentrée dans les mœurs que l'on ne ressent plus quelle révolution, l'une des plus grandes du XXe siècle, cela a été. Il y a cinquante ans, le 9 mai 1960, les autorités sanitaires américaines autorisaient la commercialisation de la pilule. Les Françaises attendront sept ans pour que la loi Neuwirth légalise la contraception orale féminine. «Plus les femmes sont impliquées dans le choix de leur méthode de contraception, plus elles en sont satisfaites, et moins elles connaissent d'échec.» Le rapport «Évaluation des politiques de prévention des grossesses non désirées», remis en février par l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) à la ministre de la Santé, met à nouveau au premier plan le choix des femmes. Il rappelle que «la France se caractérise par une couverture contraceptive étendue, à 80 % sur prescription médicale, avec une forte prédominance de la pilule…». Malgré cela, le nombre des avortements ne diminue pas. «L'ampleur des échecs de contraception, y compris avec une méthode théoriquement aussi efficace que la pilule, reflète les difficultés des femmes dans la gestion de leur pratique contraceptive au quotidien», estime le document.

Pourtant, les femmes, dont 60 % utilisent la contraception orale, ont aujourd'hui le choix entre une bonne trentaine de pilules différentes. Un choix qui s'accroît encore avec l'arrivée de nouvelles venues, dont certaines pourraient constituer un réel progrès. Ainsi Qlaira, qui a fait son apparition dans les pharmacies en septembre dernier. Comme toutes les pilules œstro-progrestatives, elle contient un progestatif et un œstrogène qui bloquent l'ovulation en inhibant deux hormones du cycle féminin, la LH et la FSH. L'effet contraceptif est dû essentiellement au progestatif, surtout dans les pilules minidosées puis microdosées en œstrogènes grâce aux progestatifs de 2e puis de 3e génération.

Jusqu'à présent, toutes les pilules œstro-progestatives contenaient un même œstrogène de synthèse très puissant (l'éthinyl-estradiol) et un progestatif variant selon le fabricant. Depuis des années, les laboratoires cherchaient sans succès à remplacer cet œstrogène de synthèse par l'hormone naturelle produite par l'ovaire (l'œstradiol). Avec l'espoir de réduire les effets secondaires, même faibles, de ces pilules sur le système cardiovasculaire (et notamment sur les risques thromboemboliques) à l'origine de leurs principales contre-indications. C'est ce qu'a réussi Bayer avec Qlaira. «Mais c'est un pari sur l'avenir. Il faudra peut-être dix ou quinze ans avant de savoir si elle diminue effectivement ces effets secondaires, tempère le Pr Christian Quéreux, gynécologue-obstétricien au CHU de Reims. Aujourd'hui, ce n'est pas démontré. On ne doit donc pas transgresser les règles de prudence habituelles sur les contre-indications, et pour le moment considérer que c'est une pilule comme une autre.»

Qlaira ne devrait d'ailleurs pas occuper très longtemps cette position unique : «Une pilule comparable développée par Théramex avec un autre progestatif pourrait être commercialisée en 2011, précise le Dr David Serfaty, président de la Société française de gynécologie. Et une troisième, avec un autre œstrogène naturel, est en développement chez le groupe hollandais Pantarhei. D'après les essais sur l'animal, elle aurait en plus un effet protecteur sur le sein, mais ne sera pas disponible avant quelques années.»

Reste la question, cruciale, du remboursement. «Comme Qlaira semble pouvoir apporter une vraie amélioration sur les effets secondaires, nous espérions qu'elle serait remboursée pour favoriser sa prescription. Le laboratoire ne l'a pas souhaité», regrette le Pr Quéreux. Même position chez la majorité des fabricants de pilules de 3e génération afin de garder une liberté de tarification.

Les choses, cependant, bougent aussi de ce côté-là. Pour la première fois, une pilule de 3e génération microdosée, Varnoline de Schering, est désormais remboursée par la Sécurité sociale, donc accessible aux femmes à revenus modestes. Pour le Dr Serfarty, «les fabricants qui avaient une niche de non-remboursement parce que ces pilules présentent certains avantages vont certainement devoir repenser leur stratégie». D'autant qu'il existe aussi maintenant des génériques remboursés de pilules de 3e génération, avec Désobel Gé 20 et Désobel Gé 30 des laboratoires Effik.

Comment choisir ? «Les pilules de 2e génération s'adressent plutôt aux adolescentes, qui auront ainsi des règles moins douloureuses et moins d'acné, et celles de 3e génération aux femmes plus âgées, pour réduire l'apport d'œstrogène, même si le risque de phlébite est peut-être un tout petit peu plus élevé, résume le Pr Quéreux. L'important, c'est de permettre à chaque femme de trouver exactement la contraception qui lui convient. Et la pilule est loin d'être le seul moyen de contraception…» lefigaro.fr/