Cancer du poumon : la mortalité des femmes explose
Publié par La Pharmacienne le Mai 29 2010 15:55:20




Les chiffres enregistrés chez les femmes de 35 à 54 ans sont proches de ceux des hommes dans les années 1950.


En France, on compte 30 000 nouveaux cas de cancer du poumon par an. La mortalité pour ce type de cancer (le plus fréquent après celui de la prostate chez l'homme) a été divisée par deux en dix ans chez les hommes de 40 ans. Par contre, elle a été multipliée par quatre en quinze ans chez les femmes de 40 ans, sachant que le cancer du poumon est, chez les femmes, le cancer le plus fréquent après celui du sein et du colon. À quelques jours de la Journée mondiale sans tabac qui se tiendra le 31 mai, l'Institut de veille sanitaire publie ces chiffres dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).


Cette étude menée par Catherine Hill, épidémiologiste à l'Institut Gustave-Roussy, relève que le succès de la baisse de mortalité chez les hommes «est presque entièrement attribuable à la prévention du tabagisme parce que les autres expositions (professionnelles et pollution) ont une influence moindre et parce que le traitement du cancer du poumon a malheureusement peu progressé».


Il ressort également de cette étude que la mortalité par cancer du poumon a atteint un maximum en 1993 chez les hommes et qu'elle a beaucoup baissé depuis. Par contre, chez les femmes, cette mortalité augmente depuis 1980 et s'est même accélérée ces dernières années. Ces variations résultent de la diminution du nombre moyen de cigarettes fumées entre 15 et 44 ans chez les hommes au cours des dix dernières années et de son augmentation chez les femmes. Conséquence : la mortalité par cancer du poumon chez les femmes de 35 à 54 ans en 2000-2007 «est proche de la mortalité chez les hommes de même âge observée durant les années 1950», estime l'Institut de veille sanitaire.


«Ces chiffres sont les conséquences du décalage temporel entre les hommes et les femmes, constate également le Dr Armelle Lavolé, pneumo-oncologue à l'hôpital Tenon (Paris). Sachant que l'on met vingt, trente ou quarante ans pour “faire” un cancer du poumon.» La mortalité entre 35 et 44 ans est le résultat des expositions des 20 à 25 dernières années dans la mesure où l'entrée dans le tabagisme se fait entre 15 et 20 ans.


En France, les femmes commencent à fumer en 1945. Alors, serait-on tenté de dire : droit de vote et cigarette, même combat ? «L'après-guerre, c'est effectivement le début de la cigarette pour elles. C'est la libération de la femme mais seules les prostituées et quelques garçonnes fument, relève Catherine Hill. C'était alors de très mauvais genre ! Puis, progressivement, elles s'y mettent, et fumer devient une mode.» En 1945, elles consomment 0,1 cigarette par jour mais ce chiffre ne fera qu'augmenter au fil du temps pour atteindre, en 1995, un pic avec 3,4 cigarettes par jour (contre 7 pour les hommes). Quatre ans plus tôt, la loi Evin marquait une première avancée dans la lutte antitabac en interdisant de fumer dans les lieux à usage collectif. La publicité du tabac tout comme la vente aux moins de 18 ans ont également été interdites.


Aux États-Unis où les femmes se sont mises à fumer bien avant les Françaises, l'incidence de cancers du poumon augmente mais la mortalité diminue. Outre-Atlantique, pour les hommes, la mortalité baisse depuis le début des années 1990. «À risque égal, les femmes sont plus fragiles, note encore le Dr Lavolé. Pour les hommes, sur 100 cancers du poumon, 10 à 15 surviennent chez des non-fumeurs contre environ une trentaine chez les femmes. Elles sont donc plus touchées même en étant non fumeuses.»


Pour l'instant, les chercheurs ne savent pas précisément à quoi imputer ces différences. La piste hormonale et génétique a été avancée. Pour l'Institut de veille sanitaire, la solution est sans équivoque : il faut arrêter de fumer. «Aucune action de prévention n'est plus efficace que l'arrêt du tabac. Il faut poursuivre les actions tous azimuts, en particulier sur les prix, si on veut aboutir à une réduction massive du problème», conclut l'Institut.


Le Figaro