Mediator : l'Assemblée cible les conflits d'intérêts
Publié par MedeSpaceNews le Juin 16 2011 14:30:42
Les députés font 55 propositions pour réformer le système du médicament et éviter un nouveau scandale.

Comment un médicament sans réelle efficacité et doté d'effets secondaires graves a-t-il pu rester sur le marché français pendant trente-trois ans ? Le rapport de la mission parlementaire sur le Mediator et la pharmacovigilance, présidée par le député Gérard Bapt (PS) et dont Jean-Pierre Door (UMP) était le rapporteur, vient d'être finalisé. Le Figaro s'est procuré ce document de 130 pages qui tire un bilan de cette affaire et qui dresse pas moins de 55 propositions pour réformer la politique du médicament. La mission parlementaire composée de douze députés qui a vu le jour mi-décembre a auditionné plus d'une centaine de personnes parmi lesquelles des anciens ministres de la Santé, des membres de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), des médecins, le laboratoire Servier et des représentants de l'industrie pharmaceutique.

«Au cours des auditions, nous avons été frappés par le manque de lien et de coordination entre les institutions concernées par le médicament, explique Jean-Pierre Door, Il faut décloisonner, créer et développer une coordination solide entre l'Afssaps, l'Institut de veille sanitaire, la Caisse nationale d'assurance-maladie, la Haute Autorité de santé, la Direction générale de la santé. Il faut créer une vraie “task force” autour du médicament, à l'instar de ce qui existe aux États-Unis.» Et le député de suggérer d'«emboîter» les unes avec les autres les différentes institutions œuvrant séparément pour l'instant dans le domaine du médicament.

Parmi les 55 recommandations, le rapport propose de créer une commission plénière entre les experts de l'autorisation dJe mise sur le marché et ceux de pharmacovigilance, qui, jusqu'à présent, se parlaient peu et d'ailleurs souvent en rivalité. Autre idée : mettre à disposition du public en temps réel les données des études cliniques sur lesquelles reposent les autorisations de commercialisation. Par ailleurs, les conflits d'intérêt, véritable fléau entachant en permanence de suspicion les décisions sur les médicaments, doivent être mis à plat. En particulier, le rapport préconise que le montant des émoluments soit public, ce qui n'est pas le cas actuellement. Beaucoup d'experts à l'Afssaps mènent en parallèle des missions rémunérées pour l'industrie pharmaceutique. Les déclarations de conflit d'intérêt existent déjà, mais elles sont basées sur la seule bonne foi et les manquements à ces règles pas sanctionnés.

Enfin, les députés préconisent un retour du politique dans la gestion des crises sanitaires. Il n'est pas «sain que l'autorité politique soit totalement écartée de la vie du médicament», estiment-ils. Un paradoxe quand on sait que l'Agence du médicament a été créée pour être indépendante du pouvoir politique.

La mission n'avait évidemment pas pour objectif de se substituer à la justice. Le rapport ne cherche d'ailleurs aucune réelle responsabilité. «Mais quatre points peuvent être signalés. D'une part, la formule chimique du Mediator pose question, souligne Jean-Pierre Door. Ensuite, il est clair que l'Agence du médicament a raté des occasions de retirer le produit, notamment en 1995 quand elle l'interdit dans les préparations magistrales. De plus, pourquoi Servier a retiré ce médicament dans d'autres pays mais pas en France ? Enfin, comment expliquer l'autisme de la pharmacovigilance face aux signaux d'alerte ?»
Lourdeur du système

Le rapport revient par ailleurs sur le nombre de décès attribuables au Mediator que deux études distinctes ont estimé à 2000 pour la première et à 500 pour la seconde, des chiffres que Servier conteste toujours vigoureusement. «Au-delà de ces désaccords sur le nombre de décès, il reste que nul ne remet en cause le fait que le benfluorex puisse provoquer des hypertensions artérielles pulmonaires et des atteintes des valves cardiaques», notent les députés. La lourdeur du système est pointée du doigt. Quand le Dr Frachon qui a œuvré activement pour la suspension du Mediator avait été reçue à l'Afssaps en mai 2009, on lui avait répondu : «On ne suspend pas une autorisation de mise sur le marché comme ça.»

Ce rapport qui se veut être une force de proposition pour rénover le circuit de mise sur le marché et de surveillance du médicament en France devrait être suivi par celui du Sénat, celui des Assises du médicament et enfin celui de l'Igas. Dans la foulée, Xavier Bertrand devrait annoncer une restructuration du système.

Source:lefigaro.fr