Obésité : la stratégie payante des Weight Watchers
Publié par MedeSpaceNews le Septembre 12 2011 23:17:08
Cette méthode commerciale serait plus efficace qu'un simple suivi médical selon la revue scientifique «The Lancet».

Un programme commercial de perte de poids tel que la méthode Weight Watchers (WW) peut-il rivaliser avec l'approche médicale traditionnelle lorsqu'on le soumet à une évaluation scientifique rigoureuse ? Oui, selon une étude publiée dans une revue internationale de référence. Si l'on s'en tient au résultat brut, l'essai mené au Royaume-Uni, en Allemagne et en Australie que vient de publier The Lancet (8 septembre) montre que des volontaires engagés pendant un an dans un programme commercial, mais ici gratuit, de perte de poids, Weight Watchers, ont perdu en moyenne 3,5 kg de plus que ceux qui étaient suivis par des médecins généralistes ou des infirmières.

Huit cents volontaires, en surcharge ou obèses modérés, âgés en moyenne de près de 50 ans, ont été répartis au hasard en deux groupes. Les premiers consultaient mensuellement un professionnel de santé pour recevoir des conseils nutritionnels. Les autres étaient invités à suivre régulièrement les réunions collectives organisées par les animateurs des Weight Watchers, selon le principe de motivation de groupe à la base de la méthode. À charge pour chacun de ne pas dépasser le «budget calorique» qui lui est autorisé en fonction de son âge, son sexe, sa taille et son poids. Après douze mois, la perte moyenne a été de 6,7 kg dans le groupe Weight Watchers, soit le double de celle obtenue dans le groupe standard (3,3 kg). Les médecins restent pourtant partagés sur cette stratégie qui concerne entre 50.000 et 60.000 personnes au cours de 1850 réunions hebdomadaires dans plus de 850 centres à travers la France.
Un régime plutôt équilibré

Une façon ludique de faire de la nutrition ? «Plutôt une thérapie de groupe qui ne dit pas son nom, sauf qu'elle n'est pas faite par des thérapeutes professionnels », estime le Dr Bernard Waysfeld, président du Groupe de réflexion sur l'obésité et le surpoids (Gros). Pour lui, « le régime Weight Watchers reste un régime. Il fixe les aliments à consommer, à ne pas consommer, sans tenir compte des sensations alimentaires des individus - faim, envie, rassasiement, satiété - et fixe un objectif pondéral en fonction d'une norme sociale et non en fonction de l'histoire du sujet et de ses capacités de mincir éventuellement sans régime». La différence entre le sur-mesure des médecins et le prêt-à-porter WW ? À l'évidence, l'accent mis par la firme sur les aliments satiétogènes ne convainc pas le psychiatre et nutritionniste. Mêmes réticences du côté du Dr Paul Barbe, nutritionniste dans le Vaucluse : «Il n'y a pas de régime standard, chaque personne nécessite une approche différente et, comme dans tous les régimes, la difficulté c'est le long terme.»

Pourtant, la méthode Weight Watchers est bien considérée comme un régime hypocalorique, mais pas trop, et plutôt équilibré puisque se rapprochant au mieux des apports nutritionnels conseillés en glucides, lipides et protéines, selon l'expertise collective de l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) de novembre dernier, qui pointe du doigt la plupart des autres régimes. «Je préfère ce genre de régime aux régimes déséquilibrés», explique le Dr Jean-Pierre Rageau, généraliste dans les Hauts-de-Seine.
«Démarche commerciale»

Au final, dans l'étude du Lancet, le groupe WW a tout de même perdu deux fois plus de poids que le groupe comparatif pris en charge individuellement par un professionnel de santé (approche standard). Peut-être, mais la vraie question est de savoir pourquoi un tel résultat a été obtenu. Est-ce le contenu lui-même du régime ? Mais dans ce cas, en quoi différait-il des conseils nutritionnels dispensés par les médecins ? Nul ne le sait. Est-ce parce que le groupe WW se réunissait deux ou trois fois par mois alors que l'autre groupe ne bénéficiait que d'une consultation mensuelle ? Se poserait alors la question de la transposition des résultats obtenus en douze mois de réunions WW gratuites et quasi hebdomadaires dès lors que les patients devraient payer de leur poche. De 40 à 65 euros par mois environ, selon la formule choisie (réunions, Internet, les deux). « Pour certains patients qui ont besoin de réassurance, le soutien du groupe peut être un réel avantage, mais d'autres se sentent manipulés et n'y remettent pas les pieds», remarque le Dr Rageau.

«Il est vrai que c'est une démarche commerciale, concède le Dr Barbe, mais il est aussi vrai que le fait de payer peut contribuer à la motivation et donc au résultat.» Aux amateurs de régimes miracles, l'Anses rappelle que le succès d'un régime repose plus dans l'adaptation aux diversités singulières de chacun qu'à l'application aveugle de normes alimentaires.

lefigaro.fr