Orthodontie : halte au pouce et à la tétine
Publié par hammar le Avril 01 2015 00:03:41
Il faut songer à y mettre terme dès 3 ans pour éviter les déformations dentaires, rappellera la Fédération française d'orthondontie qui accueillera le grand public lundi lors de son congrès.

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Il faut songer à y mettre terme dès 3 ans pour éviter les déformations dentaires, rappellera la Fédération française d'orthondontie qui accueillera le grand public lundi lors de son congrès.

DentitionQuelle attitude adopter vis-à-vis de la tétine et du pouce, si réconfortants pour certains tout-petits ? La question divise depuis longtemps parents et professionnels de l'orthodontie et de la petite enfance. Au point que la Fédération française d'orthodontie (FFO) a choisi ce sujet pour la première matinée* de son congrès ouverte au grand public.

«On s'est aperçu que les enfants ont de plus en plus le pouce ou la tétine à des âges un peu surprenants, jusqu'à 5, 6, voire 8 ans, explique l'un des organisateurs, le stomatologue Jean-Baptiste Kerbrat. Or les enfants qui tètent tardivement ont un palais beaucoup plus étroit, plus creux, une mâchoire qui n'est pas assez large, donc forcément une mauvaise position des dents et des incisives beaucoup plus en avant. » Un quart des patients traités par les orthodontistes sont d'ailleurs d'anciens suceurs tardifs.

Pas de reproche en cas d'échec

Ancienne présidente de la FFO et habituée à conseiller des parents sur cette question, le Dr Gisèle Delhaye-Thépaut estime que le meilleur âge pour tenter de faire perdre cette habitude à un enfant se situe autour de deux-trois ans. «C'est un moment de sa vie où il développe d'autres sujets d'intérêt qui lui donnent de l'assurance : la marche, la parole, l'entrée à l'école et le contact avec les autres. Le “deuil” du pouce ou de la tétine en sera facilité.» En outre, jusqu'à cet âge-là, les déformations buccales peuvent encore régresser.

Au-delà, les parents ont intérêt à trouver des dérivatifs pour occuper l'enfant quand il est tenté de sucer son pouce - en lui proposant par exemple des petits morceaux de pomme, amandes ou noisettes à grignoter, ou un chewing-gum pour les longs trajets en voiture… «Il faut d'abord s'occuper du pouce qu'il suce dans la journée, puis, une fois qu'il a cessé, passer à la nuit», explique le Dr Delhaye-Thépaut. Pour cela, elle recommande de rester avec l'enfant, en lui lisant une histoire par exemple, pour éviter qu'il ne s'endorme en tétant. «L'essentiel c'est de substituer le plaisir de téter par une autre chose agréable. En général, si ça marche, c'est réglé dans les trois mois. Sinon, on ne fait pas de reproches, on fait une pause et on retente six mois plus tard», ajoute-t-elle.

«À 6 ans, 95 % des enfants qui sucent encore leur pouce le font par habitude» , estimait de son côté Valérie Bisror, pédiatre et membre de la société française d'orthodontie pédiatrique dans Le Figaro . Selon elle, le simple fait de mettre un appareil va modifier leurs sensations et les aider à abandonner cette habitude. Si en revanche l'enfant continue à sucer un doigt malgré l'appareillage, il est peut-être dans les 5 % qui ne sont pas encore assez mûrs pour se priver de ce rituel rassurant. Il peut être alors bienvenu de demander l'avis d'un psychologue pour savoir quelle attitude adopter.

«Il n'existe pas de tétine physiologique»

Aux yeux des orthodontistes, la tétine est plus nocive encore que le pouce. «L'enfant comprend très vite que s'il ne la tète pas en permanence, elle tombera de sa bouche, et qu'elle est plus difficile à récupérer qu'un pouce, toujours accroché à la main ! Il va donc la téter vigoureusement, ce qui est mauvais pour le palais. À l'inverse, beaucoup d'enfants qui sucent leur pouce ne font en fait que le caresser avec la langue, sans force. On le voit s'il glisse de leur bouche quand ils dorment ou si on peut le leur retirer facilement», explique le Dr Delhaye-Thépaut.

Elle déplore une recrudescence de l'usage de la tétine par les parents depuis une petite dizaine d'années. «À cette époque, le personnel médical de maternités a commencé à en proposer gratuitement aux parents.» Gare aussi aux allégations marketing : «Une tétine ne peut pas être “physiologique”, et encore moins orthodontique !»